
Édito de Margaux #2 : Tous dans le même…
A regarder une carte météo aujourd’hui (28 juin 2019), il est facile d’entendre une petite voix nous dire “toute la France est occupée par la canicule. Toute ? Non ! Bretagne et Cotentin résistent encore et toujours à l’envahisseuse”. Je vous rassure je ne suis pas là pour disserter du caractère exceptionnel ou non de la vague de chaleur qui traverse l’Europe à l’heure où j’écris. Néanmoins, depuis ma contrée toulousaine, où il fait 40° depuis deux jours, je vous demanderai d’être indulgent avec mon cerveau, réduit en mélasse. Tenter une réflexion avec les pieds dans un seau d’eau, et les volets fermés, est une expérience nouvelle, et intéressante. Drôle aussi, puisque je me trouve dans une caverne, pour essayer de vous faire sortir, justement, de la caverne. La quoi ? Oui, l’allégorie de la caverne exposée par Platon[1] : “dans une demeure souterraine, en forme de caverne, des hommes sont enchaînés. Ils n’ont jamais vu directement la source de la lumière du jour, c’est-à-dire le soleil, dont ils ne connaissent que le faible rayonnement qui parvient à pénétrer jusqu’à eux. Des choses et d’eux-mêmes, ils ne connaissent que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux. Des sons, ils ne connaissent que les échos. Pourtant, ils nous ressemblent, observe Glaucon, l’interlocuteur de Socrate”[2]. Enchaînés par nos croyances, et maintenus au fond de cette caverne par un système dominant, nous nous confortons à voir ce qui nous est projeté sur les parois de cette caverne ; remonter vers la lumière n’a pas de sens dans nos esprits conditionnés, et voir de nos propres yeux le monde réel est trop violent. Mes chevilles ont peut-être grossi à cause de la chaleur, mais non, je ne suis pas en capacité de vous amener à la lumière – il faut un collectif bien plus conséquent. Par contre, apporter une lampe-torche, ou une boîte d’allumettes, c’est la tâche que se donne Ambassade des Océans. La canicule est alors un prisme que je n’avais pas envisagé pour traiter de la perception de l’environnement et sa protection. De facto elle amène une mise en situation réaliste des scenarii développés par les chercheurs pour les décennies à venir. Regardez autour de vous, écoutez votre entourage, vous avez là une illustration digne de Retour vers le Futur – un futur proche : qui choisit d’acheter un climatiseur (sans penser que cela réchauffe l’extérieur déjà bouillant) ? Qui se préoccupe de ses voisins âgés ? Qui râle des restrictions de circulation ?
Pour une fois, vous ne lirez pas sur une thématique directement liée aux milieux marins, mais plutôt sur nos comportements face au dérèglement climatique, et plus largement la conscience de notre appartenance cet environnement, et nos interactions. D’une part, cette “idée” de la nature en elle-même est le fruit d’une longue construction philosophique, puis sociale. En effet, la tradition politique française sépare depuis des siècles la nature de l’humain avec une pensée construite dès l’Antiquité grecque sur la rivalité de l’Homme et la nature[3]. Même si les stoïciens (toujours en Grèce antique) considèrent la nature comme source d’inspiration morale, et un modèle, et qu’à partir de la Renaissance s’opère une “redécouverte” de la nature par la technique, l’Occident se pense extérieure à la nature. D’autre part, la dichotomie nature/culture serait depuis le XXème siècle un moyen au service de la logique d’une croissance sans limite, donc au service du capitalisme. Cette séparation “dangereuse”[4] entre les systèmes économique, politique et écologique permettrait de nous maintenir dans une caverne où les notions de ressources finies, et de préservation de l’environnement sont secondaires à nos modes de vie. Le pouvoir (politique, économique) est en effet pensé comme la capacité d’exploiter certaines populations et leurs environnements en leur imposant des décisions, donc le pouvoir d’imposer sa propre vision de la valeur – en l’occurrence, en ce qui nous concerne, la valeur monétaire du marché. Autrement dit, si la majorité d’entre nous ne se sent pas concernée par les changements climatiques (et tous les effets associés sur les populations et espèces animales éloignées de la métropole), c’est parce que les schémas de pensée dans lesquels nous évoluons depuis l’enfance, l’école, ne nous montrent pas d’autre échelle de valeur que celle du profit ! Si vous avez les nerfs solides, et un entourage qui vous soutient moralement, je ne peux que vous conseiller de vous plonger dans l’essai de Fred Vargas, L’Humanité en péril[5]. [métaphore nautique, parce qu’il fait toujours sacrément chaud] La chercheure au CNRS en archéozoologie, et écrivaine, s’est lancée dans la compilation des données scientifiques et institutionnelles sur nos ressources vitales, et indispensables à notre consommation actuelle. Masochiste ? Je ne crois pas. Comme toutes les fourmis qui s’échinent à sensibiliser le plus grand nombre aux problématiques environnementales, elle démontre que nous, les gens, avons été confortablement aveuglés par les élites politiques et économiques. Depuis les années 1960 les gouvernements savent que nos modes de productions intensifs sont néfastes pour l’environnement, et les humains. Une partie du monde scientifique s’est notamment activée avec l’ouvrage retentissant de la biologiste américaine Rachel Carson, Un Printemps Silencieux, paru en 1962 aux Etats-Unis. Faisant état de la diminution du nombre d’oiseaux et d’insectes dans les campagnes américaines, ses recherches la poussent alors à découvrir les effets destructeurs des intrants utilisés dans l’agriculture sur la biodiversité. La politique de l’autruche n’est pas seulement un réflexe individuel de protection, qui nous aiderait à survivre à la pression psychologique de ces enjeux ; une catégorie de personnes a sciemment décidé d’ignorer les premiers faits annonciateurs pour maintenir un système non pérenne (mais tellement grisant !).
“L’écologie, ce n’est pas seulement ajouter la cerise sur le gâteau [ou prendre la meilleure part]. C’est précisément de s’occuper du gâteau dans son ensemble”[6].
Par ailleurs, les Sciences Sociales, comme les mouvements des Gilets Jaunes cet hiver à leur manière, mettent en avant l’entrelacs des inégalités sociales et environnementales. Il s’agit de prendre au sérieux le rôle joué par l’environnement dans les désavantages sociaux. Sans parler des différences directement liées à la géographie (induisant un climat, de fait, plus ou moins hostile), le milieu social auquel nous appartenons influe sur notre perception des enjeux environnementaux. D’abord, plus un individu est riche, plus il est capable de s’acheter un confort – eau potable, climatisation, isolation, nourriture de qualité, espace vert, etc. Ainsi tant que les ressources matérielles existent, il pourra toujours se les procurer sans se soucier de leur rareté/coût. A l’opposé, comment condamner tous ceux qui sont déjà préoccupés par leur contrat court, un frigidaire vide, une facture d’électricité ? Nous n’avons pas tous le temps (et la violence économique nous en empêche) d’éplucher les revues scientifiques, les rapports ministériels, les activités des associations, pour nous informer sur l’état du monde. A court terme, c’est un calcul rapide à faire pour les plus précaires. Au-delà des écarts de richesse, il semblerait que, politiquement, il y ait également un conflit générationnel. Penchons-nous par exemple sur les dernières élections européennes (du 27 mai 2019), c’est la première fois que les partis écologistes européens obtiennent autant de sièges au Parlement Européen : 10%[7]. Depuis le premier scrutin en 1979, les Verts obtiennent une assise non négligeable dans les alliances à venir pour légiférer au sein de l’Union Européenne. S’ajoute à l’aspect historique du vote, la composition par classe d’âge de celui-ci. En effet, contrairement à ce que le gouvernement français annonçait le lendemain, les “jeunes” n’ont pas massivement voté pour En Marche, ou le Rassemblement National (listes en tête des élections en France), mais bien pour des formations politiques prônant un recentrage des politiques publiques sur l’environnement et le long terme. Aussi “pour la liste Renaissance [En Marche], les plus jeunes ont apportés 4,6% des voix, contre 47% pour les plus vieux, selon l’IFOP. En d’autres termes, il y avait 1 électeur de 18-24 ans contre 10 électeurs de plus de 65 ans… Parmi les gros partis, seul LR fait “pire” avec un rapport de 1 jeune pour 14 vieux. Pour le reste, le RN, le PCF sont à 1 pour 7. Le PS à 1 pour 6, les écologistes à 1 pour 2, et LFI quasiment à 1 pour 1”[8].
La distance spatiale, temporelle, ou sociale, ou les trois en même temps, est donc un facteur important, et complexe, qui définit notre rapport à la protection de l’environnement. Il ne s’agit pas de continuer dans cette cacophonie, dans ce qui apparaît en Europe comme une réelle querelle de clochers entre “écologistes” et “climatosceptiques”. En Inde où l’on s’est entretué pour de l’eau potable la semaine dernière, il ne suffit plus de débattre. Les dérèglement climatiques sont visibles, les activités humaines en sont responsables, point. Je parle bien de dérèglement, le réchauffement climatique lui est en place pour des millénaires dans la mesure où la Terre se dirige vers une ère inter-glaciaire, donc plus chaude. Les divisions sociales qui peuvent nous empêcher d’avancer efficacement, c’est-à-dire ensemble dans la même direction, ne sont que temporelles puisque les ressources se tarissent pour tout le monde. La question reste alors : sommes-nous capables de nous les partager équitablement ? Sommes-nous doués d’empathie comme nous aimons nous en revendiquer face au reste du règne animal ?
[1] Allégorie décrite par Platon dans ses dialogues philosophiques rassemblés dans La République, dont la première édition date du IVème siècle avant Jésus-Christ en Grèce.
[2] Platon (trad. Tiphaine Karsenti), La République : Livres VI et VII analyse, Hatier, coll. « Les classiques Hatier de la philosophie », 2000, VII 515 a., p. 60.
[3] Lionel Charles, Kalaora Bernard, Sociologie et environnement en France, L’environnement introuvable ?, Presses de Sciences Po, “Ecologie et politique”, 2003/1 n°27, p31-57.
[4] Propos soutenu par la sociologue Laura Centemeri (Cnrs) et le politiste Gildas Renou (Université de Strasbourg), cités par Lionel Charles, Kalaora Bernard, op.cit.
[5]Vargas Fred, L’Humanité en péril, Virons de bord, toute !, Flammarion, 2019, pp 256.
[6] Ecologie et lutte des classes, Presses de Sciences Po, « Ecologie & politique », 2013/1 N° 46, p 175-184.
[7] Guitton Marie, “A quoi ressemble le nouveau parlement européen ?”, Toute L’Europe.EU, 25/06/2019.
[8] France Tv Info, “Désintox. Non, La République en Marche n’est pas le parti des jeunes”, 08/06/2019.
Accumulating from time to time constrains, You will forget what you are unsure about anything related to the cavernous bodies partially or completely replaced by a rough solid connective tissue, not allowing complete, ask for exams to ensure right diagnosis for ED yet. In conclusion, there were many points discussed in this article. cialis malaysia She is also looking for ideas on how to celebrate this day, so please reach out to Dr.